NÉGOCIATIONS DE l'ALÉNA

La gestion de l'offre est dans le collimateur des États-Unis

Les négociations de l'ALÉNA reprennent aujourd'hui. De nouveau, la gestion de l'offre est dans le collimateur des États-Unis.Justin Trudeau doit résister, non seulement à Donald Trump, mais aussi aux apôtres du pur libre-marché.

Je suis du Bas-Saint-Laurent où l'agroalimentaire représente 8% du PIB régional et 18% des emplois. L'industrie laitière compte pour 53% du secteur.Ici, la gestion de l’offre n'est pas une théorie. Elle est cruciale et elle est une bonne chose pour producteurs et consommateurs.

Les adversaires de la gestion de l’offre invoquent 3 raisons pour l'abolir:
1) C'est un cartel.
2) Elle rend les produits laitiers sont trop chers au Canada.
3) Elle ne profite qu'à de grosses fermes laitières.

En fait, ce que la gestion de l’offre fait, c’est donner aux producteurs un pouvoir de marché contre le vrai cartel: les transformateurs. 
En Australie, par exemple, les prix sont déterminés par les quelques grands acheteurs. Les producteurs n'ont aucun pouvoir, et doivent l'accepter.
https://lepetitjournal.com/…/crise-du-lait-murray-goldburn-…

Quelques géants dominent aussi l'industrie de la transformation ici:
• 3 firmes -> 83% du marché du lait;
• 4 firmes -> 85% du marché du fromage; 
• 3 firmes -> 73,5% du marché du yogourt;
• 3 firmes -> 64% du marché de la crème glacée.

La gestion de l’offre les empêche de fixer les prix.
Le libre-marché en agriculture, c'est comme le père Noël: tout le monde en parle, mais personne ne le voit.Aux É.-U.: Les subventions totales à l'industrie laitière totalisaient 22,2 milliards $CDN en 2015 (73% des revenus de marché des fermes laitières).

En Nouvelle-Zélande, l'industrie laitière a été déréglementée. Mais une coop géante, Fonterra, achète 95% du lait produit. Elle contrôle l'exportation (90% du lait NZ est exporté) comme le faisait la Commission canadienne du blé.

En Australie, la gestion de l’offre a été éliminée en 2000. Mais le secteur est maintenant en crise et les gouvernements doivent maintenant renflouer les fermes: 515 millions $CDN pour 2017-18, parce que les prix imposés sont sous le coût de production des agriculteurs.

Dans l'UE, les quotas intérieurs ont été abolis en 2015, mais les quotas d'importation ont été maintenus. L'UE renfloue régulièrement l'industrie (1 milliard € en 2015-16).

Pas de libre-marché ici non plus. Le libre-marché en agriculture est une illusion. Le prix du lait canadien n'est pas comparativement élevé.

Voici le prix moyen d'un litre de lait (produit sans hormone de croissance) de nov. 2016 à oct. 2017 dans quelques pays: 
• Canada: 1,50 $
• Australie: 1,57 $
• É.-U.: 1,61 $
• France: 1,77 $
• NZ: 1,83 $

Pour la même période, voici les prix d'autres produits laitiers, en $CDN:

• Beurre (kg)
CAN: 9,34 $ USA: 10,77 $
• Cheddar (kg)
CAN: 13,98 $ USA: 14,81 $
• Crème (L)
CAN: 4,09 $ USA: 4,27 $
• Yogourt (kg)
CAN: 4,97 $ USA: 6,62 $

La gestion de l’offre ne gonfle pas les prix. La gestion de l’offre aide nos fermes familiales à garder une dimension humaine, pendant qu'elles accroissent leur productivité:

De 2007 à 2016:
Nombre de fermes: -23,1%
Prod. laitière/ferme: +38,8 %
Prod. laitière/vache: +9,7%

De 2011 à 2016: Nombre de vaches/ferme: +12,1%

L'absence de gestion de l’offre mène à la surproduction, comme aux É.-U. et en Europe.
L'abolition de celle-ci entraînera un dumping des produits subventionnés américains.
Ce dumping menacera la survie de nos fermes familiales, et nous éloignera de la souveraineté alimentaire.

Alors la gestion de l’offre n'est pas un cartel, elle n'augmente pas les prix et aide les fermes familiales. 
L'abolir serait une mauvaise solution à un problème inexistant... une solution qui coûterait 35 milliards $ au Canada, puisque les quotas devraient être compensés.

La gestion de l’offre ne doit pas être sacrifiée. Les fermes laitières australiennes et néo-zélandaises en payent encore le prix.

Ne faisons pas la même erreur ici.