Séances d'information sur les projets Énergie-Est et de port pétrolier

Le texte suivant est tiré du bulletin parlementaire de l'été 2014, distibué en août 2014 à travers la circonscription

Des séances d’information sur Énergie-Est bien appréciées

Le projet d’oléoduc Énergie-Est de TransCanada, et la conversion possible du port de Gros-Cacouna en terminal pétrolier polarise la région. Si plusieurs se sont déjà rangés dans le camp des partisans et des opposants, force est d’admettre qu’une grande majorité de la population régionale est à l’heure actuelle sans opinion, en grande partie parce qu’elle sent manquer d’information pour prendre position.

En collaboration avec la MRC du Témiscouata, nous avons organisé des séances d’information sur le projet à Saint-Honoré-de-Témiscouata, Rivière-Bleue et Dégelis, et convié la population à en apprendre davantage sur les risques environnementaux, les droits et responsabilités des propriétaires fonciers et des agriculteurs, le processus que suivra l’Office national de l’énergie (ONÉ) une fois le projet déposé, ainsi que l’ampleur des retombées économiques que ce projet pourrait apporter à la région.

Oléoduc Énergie-Est

Alexandre Desjardins, avocat du Centre québécois du droit de l’environnement, s’est penché sur l’aspect juridique du projet. Les nombreux amendements imposés par le gouvernement conservateur en 2012 ont eu pour effet d’accélérer le processus de recommandation suivi par l’ONÉ, et de diluer l’évaluation environnementale.

Dès le dépôt du projet final par TransCanada, attendu à la fin de cet été, l’ONÉ n’aura que 15 mois pour procéder aux audiences à différents endroits le long du tracé prévu. Seules les personnes directement touchées par le projet (comme celles dont le terrain serait traversé par l’oléoduc) et celles pouvant apporter une expertise spécifique et pertinente (comme des spécialistes du réseau hydrographique concerné) pourront présenter un mémoire lors de ces séances.

Vers décembre 2015 ou janvier 2016 au plus tard (si le projet est déposé fin août ou début septembre), l’ONÉ déposera sa recommandation : elle peut recommander l’adoption du projet, son rejet, ou son adoption avec conditions. Le gouvernement fédéral aura ensuite trois mois pour statuer sur ces recommandations.

Rosa Galvez, directrice du Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval (ainsi que les chercheurs Sébastien Raymond et Gaëlle Guesdon, qui travaillent sous sa supervision) a abordé les risques et défis de l’oléoduc en ce qui a trait à la protection des lacs et rivières. Spécialiste en décontamination des sols et des eaux, elle a traité de la question de la sécurité environnementale.

À l’aide d’une carte démontrant le réseau d’oléoducs en Amérique du Nord, elle a procédé à un tour d’horizon de la question, énumérant le bilan des principaux opérateurs d’oléoducs en ce qui a trait aux fuites et en décrivant les principales composantes des produits dont la toxicité pourrait représenter une menace pour la faune, la flore et les humains.

Les retombées économiques de l’oléoduc pour la région sont difficiles à quantifier. À l’échelle du Québec, elles sont estimées par Deloitte, qui a réalisé l’étude pour TransCanada, à 140 millions $ par année au cours des 46 prochaines années, mais seulement 70 millions $ par année lors de la phase d’exploitation suivant la période de construction qui, elle, sera la plus intensive en termes d’investissement et de création d’emploi. D’ailleurs, si près de 7 000 Québécois seront employés lors de la phase de construction, seulement 500 emplois québécois le seront lors de l’exploitation.

Une autre étude, celle de The Goodman Group pour Équiterre et Greepeace, précise que malgré la croyance populaire, cet accès plus facile au pétrole brut n’aura aucun impact sur les prix à la pompe, ce que confirme Pierre-Olivier Pineau, économiste spécialisé en ressources naturelles à HEC Montréal.

Conversion de Gros-Cacouna

Une autre session s’est déroulée à Rimouski pour aborder plus particulièrement la question du terminal pétrolier proposé à Cacouna.

Avec sa verve habituelle, l’océanographe Émilien Pelletier, titulaire de la chaire de recherche du Canada senior en écotoxicologie moléculaire en milieux côtiers, a traité de la sensibilité de l’écosystème de la région et des conséquences du passage de super-pétroliers dans l’aire marine protégée du Parc marin Saguenay-Saint-Laurent.

Si les probabilités d’un important déversement se produisant dans un port pétrolier sont très faibles, M. Pelletier se dit plus préoccupé par de petites fuites allant de quelques litres à quelques tonnes. En outre, très peu de cas a été fait de la question des eaux de ballast, qui sert à lester un bateau sans chargement et qui sont vidées lors du chargement. Celles-ci peuvent entraîner leur lot d’espèces exotiques, ayant le potentiel de devenir envahissantes.

Quant aux retombées économiques d’un terminal pétrolier à Cacouna, celles-ci risque d’être bien limitées. Contrairement aux ports marchands, un terminal pétrolier est fortement automatisé, ne laissant la place qu’à une poignée d’emplois locaux. En outre, les quelques retombées prévues pour ce projet doivent être comparées à celles qu’apporte le Parc marin Saguenay-Saint-Laurent : celles-ci se chiffrent à plus de 95 millions $ par année, entraînant la création ou le maintien de 2 000 emplois.

D’ici là, nous continuerons à rencontrer citoyens et communautés de la circonscription pour les informer du projet et les aider à bien se préparer au processus d’audiences de l’Office national de l’énergie.